Propriétaire refuse de changer les fenêtres : vos recours

Face à un propriétaire qui refuse de remplacer des fenêtres défectueuses, les locataires disposent de plusieurs recours légaux pour faire valoir leurs droits. Cette situation, fréquente dans l’habitat locatif français, touche particulièrement les logements anciens où l’étanchéité des menuiseries s’est dégradée avec le temps. Les conséquences pour les occupants sont multiples : inconfort thermique, factures de chauffage exorbitantes, problèmes d’humidité et atteinte à la santé. La législation française encadre strictement les obligations du bailleur en matière de décence du logement, offrant aux locataires des moyens d’action progressifs et efficaces pour contraindre un propriétaire récalcitrant à assumer ses responsabilités.

Obligations légales du propriétaire selon l’article 6 de la loi de 1989

L’article 6 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 constitue le fondement juridique principal des obligations du propriétaire bailleur. Ce texte impose au bailleur de remettre au locataire un logement décent qui ne présente pas de risques manifestes pour la sécurité physique ou la santé. Cette notion de décence englobe expressément l’étanchéité des menuiseries extérieures, notamment les fenêtres et portes-fenêtres.

Le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 précise les critères techniques de décence d’un logement. Concernant les fenêtres, le texte stipule que les portes et fenêtres du logement donnant sur l’extérieur doivent présenter une étanchéité à l’air suffisante . Cette formulation, volontairement large, permet aux tribunaux d’apprécier au cas par cas si les menuiseries respectent les standards minimaux de confort et de performance énergétique.

L’obligation d’entretien du propriétaire s’étend au-delà de la simple fourniture d’un logement décent à l’entrée dans les lieux. L’article 6 de la loi de 1989 précise que le bailleur doit entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par le contrat et y faire toutes les réparations nécessaires, autres que locatives . Cette disposition couvre explicitement le remplacement des fenêtres vétustes ou défaillantes pendant la durée du bail.

La jurisprudence considère que des fenêtres laissant passer l’air de manière excessive constituent un manquement aux obligations du propriétaire, même si elles disposent d’un simple vitrage fonctionnel.

La responsabilité du propriétaire s’apprécie également au regard de l’article 1721 du Code civil, qui impose au bailleur de garantir le bien loué contre tous les vices ou défauts qui peuvent en empêcher l’usage . Des fenêtres mal étanches qui génèrent des courants d’air permanents et des pertes énergétiques importantes entrent manifestement dans cette catégorie de vices cachés.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi Énergie-Climat de 2019, les exigences de performance énergétique se renforcent progressivement. Les logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE) ne peuvent plus être loués depuis janvier 2025, suivis des logements classés F en 2028 et E en 2034. Cette évolution réglementaire renforce l’obligation du propriétaire d’améliorer l’isolation thermique de son bien, incluant nécessairement la rénovation des menuiseries défaillantes.

Procédures amiables avant engagement judiciaire

Avant d’engager une procédure judiciaire coûteuse et chronophage, la loi encourage les parties à privilégier les modes alternatifs de règlement des conflits. Ces démarches amiables présentent l’avantage de préserver les relations entre propriétaire et locataire tout en offrant des solutions rapides et peu onéreuses.

Mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception

La mise en demeure constitue la première étape obligatoire de toute procédure contentieuse. Cette démarche formelle doit être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception pour avoir une valeur juridique probante. La lettre doit décrire précisément les défauts constatés, rappeler les obligations légales du propriétaire et fixer un délai raisonnable pour l’exécution des travaux, généralement entre 8 jours et un mois selon l’urgence de la situation.

Le contenu de la mise en demeure doit être juridiquement motivé en citant les textes applicables : articles 6 et 7 de la loi de 1989, décret de 2002 sur la décence du logement, et éventuellement l’article 1721 du Code civil. Il est recommandé d’annexer des photographies des fenêtres défectueuses, des factures de chauffage anormalement élevées ou tout autre élément probant démontrant les dysfonctionnements.

Médiation conventionnelle via l’ADIL ou les CLCV

Les Agences Départementales d’Information sur le Logement (ADIL) proposent des services de médiation gratuits entre propriétaires et locataires. Ces organismes publics disposent d’une expertise juridique reconnue et d’une neutralité qui facilite la recherche de compromis. La médiation permet souvent de trouver des solutions pragmatiques, comme un échéancier de travaux ou une répartition des coûts acceptable pour les deux parties.

Les associations de consommateurs comme les Confédérations Logement et Cadre de Vie (CLCV) offrent également des services de médiation et d’accompagnement juridique. Leur intervention peut être particulièrement efficace lorsque le propriétaire méconnaît ses obligations légales ou sous-estime la gravité des défauts constatés.

Constat d’huissier pour défaillance d’étanchéité et isolation thermique

Le recours à un huissier de justice permet d’établir un constat technique incontestable sur l’état des fenêtres et leurs performances d’étanchéité. Cette démarche, qui coûte généralement entre 200 et 400 euros, constitue un investissement stratégique pour renforcer le dossier du locataire. L’huissier peut mesurer les infiltrations d’air, photographier les défauts visibles et consigner les témoignages des occupants sur les nuisances subies.

Ce constat officiel prend une valeur particulièrement importante lorsque les défauts d’étanchéité ne sont pas immédiatement visibles ou lorsque le propriétaire conteste la réalité des dysfonctionnements. Il peut également être complété par une expertise thermique réalisée par un professionnel certifié, qui quantifiera précisément les pertes énergétiques imputables aux menuiseries défaillantes.

Négociation des délais d’exécution et modalités de financement

La phase de négociation amiable peut permettre d’aboutir à un accord sur les modalités pratiques de réalisation des travaux. Les propriétaires invoquent souvent des contraintes financières pour justifier leur refus ou leurs tergiversations. Dans ce contexte, il peut être pertinent d’explorer les dispositifs d’aide publique disponibles, comme MaPrimeRénov’ pour les propriétaires bailleurs ou les certificats d’économies d’énergie (CEE).

Un échéancier de travaux étalé sur plusieurs mois peut également constituer un compromis acceptable, à condition que les fenêtres les plus dégradées soient traitées en priorité. Cette approche pragmatique évite l’escalade judiciaire tout en préservant les droits fondamentaux du locataire à un logement décent.

Recours judiciaires devant le tribunal judiciaire

Lorsque les démarches amiables échouent, le locataire peut saisir la justice pour contraindre le propriétaire à exécuter ses obligations. Depuis la réforme de 2020, ces litiges relèvent de la compétence exclusive du tribunal judiciaire , et plus précisément du juge des contentieux de la protection (JCP). Cette juridiction dispose de pouvoirs étendus pour sanctionner les manquements du propriétaire et ordonner la réalisation des travaux nécessaires.

Action en référé d’heure à heure selon l’article 145 du CPC

La procédure de référé permet d’obtenir rapidement une décision provisoire lorsque l’urgence le justifie. L’article 145 du Code de procédure civile autorise le juge des référés à ordonner toutes les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent pour prévenir un dommage imminent ou faire cesser un trouble manifestement illicite. Des infiltrations d’eau importantes ou des problèmes d’étanchéité majeurs peuvent justifier cette procédure d’urgence.

Le référé présente l’avantage de la rapidité – audience dans les 15 jours suivant l’assignation – mais suppose de démontrer l’urgence et l’évidence du droit du demandeur. Le juge peut ordonner la réalisation immédiate de travaux conservatoires, comme la pose de bâches ou la réparation provisoire des menuiseries les plus dégradées, en attendant une rénovation complète.

Assignation au fond pour manquement aux obligations contractuelles

L’action au fond permet d’obtenir une décision définitive sur les obligations respectives des parties et la responsabilité du propriétaire. Cette procédure, plus longue que le référé (6 à 12 mois en moyenne), offre la possibilité d’examiner en détail tous les aspects techniques et juridiques du litige. Le tribunal peut ordonner une expertise judiciaire pour évaluer précisément l’état des fenêtres et définir les travaux nécessaires.

L’assignation doit être rédigée avec soin pour invoquer tous les fondements juridiques applicables : manquement aux obligations contractuelles du bail, violation des règles de décence du logement, trouble de jouissance et éventuellement vice caché. La demande peut porter sur l’exécution forcée des travaux, des dommages-intérêts compensatoires et la prise en charge des frais de procédure.

Demande de réduction de loyer proportionnelle au préjudice subi

Le tribunal peut prononcer une réduction de loyer proportionnelle au trouble de jouissance subi par le locataire. Cette mesure peut être rétroactive à la date de la première signalisation des défauts et se maintenir jusqu’à la réalisation effective des travaux. Le taux de réduction s’apprécie en fonction de l’ampleur des dysfonctionnements et de leur impact sur le confort d’habitation.

Dans certains cas extrêmes, le juge peut même autoriser la consignation des loyers auprès de la Caisse des dépôts et consignations jusqu’à la mise en conformité du logement. Cette mesure coercitive s’avère particulièrement efficace pour inciter le propriétaire à réagir rapidement, le privant temporairement de ses revenus locatifs.

Expertise judiciaire selon la norme NF EN 14351-1

L’expertise judiciaire constitue souvent un préalable nécessaire à la définition précise des travaux à réaliser. L’expert désigné par le tribunal évalue l’état des fenêtres selon les normes techniques en vigueur, notamment la norme NF EN 14351-1 qui définit les performances requises pour les fenêtres et portes-fenêtres. Cette expertise détermine si les menuiseries respectent les standards minimaux d’étanchéité à l’air et à l’eau.

L’expert peut également chiffrer le montant des travaux nécessaires et évaluer l’impact des défauts sur la performance énergétique du logement. Son rapport technique constitue la base de la décision judiciaire et fixe les obligations précises du propriétaire en termes de rénovation ou de remplacement des menuiseries.

Exécution forcée par voie d’astreinte financière

Pour garantir l’efficacité de sa décision, le tribunal peut assortir l’injonction de faire d’une astreinte financière . Cette pénalité, généralement comprise entre 50 et 200 euros par jour de retard, s’accumule tant que le propriétaire n’a pas exécuté les travaux ordonnés. L’astreinte peut être provisoire (limitée dans le temps) ou définitive selon la gravité du manquement.

En cas de persistance du refus d’exécution, le locataire peut demander la liquidation de l’astreinte et procéder au recouvrement forcé des sommes dues. Cette procédure d’exécution peut inclure la saisie des comptes bancaires du propriétaire ou la saisie-vente de ses biens mobiliers.

Réglementation thermique RT 2012 et performance énergétique DPE

La réglementation thermique RT 2012, bien qu’elle ne s’applique directement qu’aux constructions neuves, influence l’appréciation judiciaire des standards d’étanchéité exigibles pour les fenêtres. Cette norme impose une perméabilité à l’air inférieure à 0,6 m³/(h.m²) sous 4 Pascals pour les maisons individuelles et 1,0 m³/(h.m²) pour les logements collectifs. Ces seuils servent de référence technique pour évaluer si des menuiseries anciennes respectent des standards minimaux de performance.

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) constitue désormais un outil central dans l’évaluation de la décence énergétique des logements. Depuis 2021, ce diagnostic est devenu opposable juridiquement, ce qui signifie qu’un locataire peut s’en prévaloir pour contester les performances de son logement. Des fenêtres défaillantes contribuent directement à la dégradation de la classe énergétique du bien et peuvent justifier leur remplacement pour éviter l’interdiction de location.

Un logement classé G au DPE ne peut plus être loué depuis janvier 2025, contraignant de facto les propriétaires à améliorer l’isolation thermique de leurs menuiseries extérieures.

La méthode 3CL-DPE 2021 intègre précisément l’impact des fenêtres dans le calcul de la performance énergétique globale du logement. Les caractéristiques des menuiseries – coefficient de transmission thermique (Uw), facteur de transmission lumineuse, étanchéité à l

‘air – entrent dans le calcul précis de la consommation énergétique. Cette évolution réglementaire renforce considérablement la position juridique des locataires face à des propriétaires réticents aux travaux de rénovation des menuiseries.

L’arrêté du 31 mars 2021 définit les critères techniques précis pour l’établissement du DPE, incluant notamment les coefficients d’étanchéité des ouvrants. Un simple vitrage avec des joints défaillants peut faire basculer un logement d’une classe énergétique acceptable vers une catégorie interdite à la location. Cette réalité technique constitue un argument de poids pour exiger le remplacement de fenêtres vétustes, même fonctionnelles en apparence.

Les propriétaires peuvent également être contraints d’améliorer les performances énergétiques de leurs menuiseries dans le cadre des obligations de rénovation énergétique progressives. La loi Climat et Résilience prévoit un calendrier strict d’interdiction de location des « passoires thermiques », créant une obligation légale indirecte de modernisation des fenêtres pour maintenir la valeur locative du bien immobilier.

Commission départementale de conciliation des rapports locatifs

La commission départementale de conciliation (CDC) représente une alternative gratuite et efficace aux procédures judiciaires classiques pour résoudre les conflits entre propriétaires et locataires. Instituée par l’article 20 de la loi de 1989, cette instance administrative départementale dispose d’une compétence spécialisée en matière de litiges locatifs, incluant expressément les questions relatives à la décence du logement et aux obligations de travaux du bailleur.

La saisine de la commission s’effectue par simple courrier ou formulaire en ligne, accompagné des pièces justificatives du litige : bail, correspondances avec le propriétaire, photographies des défauts, factures d’énergie anormalement élevées et éventuels constats d’huissier. Cette procédure entièrement gratuite présente l’avantage de la rapidité, avec une convocation généralement programmée dans un délai de deux mois suivant la demande.

La commission de conciliation bénéficie d’un taux de réussite supérieur à 70% dans la résolution amiable des conflits locatifs liés aux travaux d’amélioration du logement.

L’audience de conciliation réunit le locataire, le propriétaire et un conciliateur neutre disposant d’une expertise juridique en droit immobilier. Ce professionnel facilite le dialogue entre les parties, propose des solutions pragmatiques et rédige un procès-verbal d’accord en cas de conciliation réussie. L’accord obtenu a une valeur contractuelle contraignante et peut servir de fondement à une exécution forcée en cas de non-respect ultérieur par le propriétaire.

En cas d’échec de la conciliation, la commission délivre un avis motivé qui, bien que non contraignant juridiquement, constitue un élément probant précieux pour une éventuelle procédure judiciaire ultérieure. Cet avis technique renforce considérablement la position du locataire devant le tribunal et facilite l’obtention d’une décision favorable. Les magistrats accordent généralement un crédit important aux conclusions des commissions départementales, reconnues pour leur expertise spécialisée et leur neutralité.

Dispositifs d’aide financière MaPrimeRénov’ et CEE

La question du financement des travaux constitue souvent l’argument principal invoqué par les propriétaires pour justifier leur refus de remplacer des fenêtres défaillantes. Depuis octobre 2020, le dispositif MaPrimeRénov’ s’est étendu aux propriétaires bailleurs, leur permettant de bénéficier d’aides publiques substantielles pour la rénovation énergétique de leurs biens locatifs. Cette évolution réglementaire modifie fondamentalement l’équation économique des travaux de menuiserie et renforce les arguments juridiques des locataires.

MaPrimeRénov’ finance le remplacement de fenêtres simple vitrage par des menuiseries performantes à hauteur de 40 à 100 euros par ouverture selon les revenus du propriétaire et la zone géographique. Pour un appartement moyen comportant 6 à 8 fenêtres, l’aide peut atteindre 800 euros, réduisant significativement le coût des travaux. Les propriétaires bailleurs doivent s’engager à maintenir la location pendant 6 ans minimum pour bénéficier de cette aide publique.

Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) constituent un complément financier important aux aides directes de l’État. Ces dispositifs, financés par les fournisseurs d’énergie dans le cadre de leurs obligations réglementaires, peuvent prendre en charge 20 à 30% supplémentaires du coût de remplacement des fenêtres. L’accumulation de ces différentes aides publiques peut couvrir jusqu’à 60% du montant total des travaux pour un propriétaire aux revenus modestes.

L’existence de ces dispositifs d’aide modifie l’appréciation juridique du « caractère déraisonnable » souvent invoqué par les propriétaires pour justifier leur refus de travaux. Un tribunal peut légitimement considérer qu’un bailleur qui refuse de mobiliser les aides publiques disponibles pour améliorer son bien locatif manque à ses obligations fondamentales. Cette évolution jurisprudentielle récente renforce considérablement la position des locataires dans leurs démarches contentieuses.

La TVA réduite à 5,5% s’applique également aux travaux d’amélioration énergétique, incluant le remplacement de fenêtres dans les logements de plus de 2 ans. Cette réduction fiscale, cumulée avec les autres aides, rend l’investissement particulièrement attractif pour les propriétaires soucieux de valoriser leur patrimoine immobilier. L’argument du coût excessif des travaux devient difficilement soutenable face à un panel d’aides publiques qui peut financer la majorité de l’investissement nécessaire.

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